Des collégiens écrivent le roman de l’Occupation
L’an dernier, ils avaient écrit un polar sur fond de vengeance entre les architectes de La Roche-sur-Yon. Cette fois, les élèves de Saint-Louis s’attaquent à l’Occupation.
Il s’approche discrètement, de façon fugace, comme si des Allemands étaient encore dans les parages. « Ils sont d’une maturité impressionnante », souffle-t-il. Gaston Marceteau, résistant et déporté, vient pour la deuxième fois au collège Saint-Louis, à la rencontre d’élèves de 3e. « Ça me fait tout drôle, car j’ai été élève ici », confesse-t-il à ces élèves, qui pourraient être ses petits-enfants. Les élèves mesurent la chance qu’ils ont d’avoir en face d’eux « un vrai résistant », commente Chloé, qui écrit un roman « à 41 mains » dont la trame de fond sera l’Occupation allemande à La Roche-sur-Yon.L’an dernier, elle avait participé à l’écriture de Cent jours, sang nuit, un polar, qui se passait aussi à La Roche-sur-Yon, sur fond de règlement de comptes entre des descendants des architectes de la ville napoléonienne. Les élèves ont pris goût à l’écriture, les enseignants aussi. Et Gaston Marceteau est tout heureux d’apporter sa pierre à l’édifice de ce deuxième roman. Il n’a posé qu’une seule condition. Que la vérité historique soit préservée, « car ce que j’ai vécu, mon histoire, c’est pas du roman, c’est de la vérité, pure et tragique ». Pour Matthieu, le respect de la vérité historique est une évidence. « Ça sera aussi une façon de rendre hommage aux résistants. » Pour Chloé, « on ne peut pas se permettre d’erreurs historiques ».
Les statues de bronze fondues
Alissiane est plus nuancée. Mais d’une grande pertinence. Elle dit oui à la rigueur historique, « bien sûr », mais sans tomber dans le manuscrit trop érudit, historico-aride, car l’idée est avant tout de faire oeuvre romanesque, pour attirer des lecteurs. Une remarque très juste, car c’est l’écueil principal quand on s’attaque à l’écriture d’un roman historique. Les élèves ne sont pas au bout de leurs peines. Ce deuxième roman n’est encore qu’à l’état d’ébauche.
Tout juste sait-on qu’il devrait comporter deux grandes parties, l’une se déroulant aujourd’hui, « la partie la plus romanesque », l’autre pendant l’Occupation, partie sans doute plus historique. Mais pour l’une et l’autre des parties, la contribution de Gaston Marceteau sera déterminante. Parce qu’il a été un acteur de cette page sombre de l’histoire locale. Il pourrait passer des heures à raconter la ville sous la botte allemande. La géographie de la présence allemande dans la cité de Napoléon, il s’en souvient comme si c’était hier.
Par exemple les bureaux de la terrible Gestapo, « situés dans une belle maison en pierre de taille, boulevard Briand, maison qui existe toujours d’ailleurs », et qu’il a fréquentés, avant d’être envoyé en prison. Il se souvient aussi de la milice, « cette police française au service des Allemands », qui avait fait du Café de la Paix, « pourtant tenu par un grand résistant », son quartier général. Il a aussi en tête ces belles statues de bronze, celles du peintre Paul Baudry et du général Travot, fondues par les Allemands, « peut-être pour faire des canons », en tout cas pour soutenir l’effort de guerre allemand. Des anecdotes par milliers, dans une mémoire intacte, que les élèves butinent. Pour nourrir un roman qui fera date dans leur histoire personnelle.
Philippe ECALLE – Ouest-France